Il était une fois le 20e… Ménilmontant, 23 août 1944 : la Résistance capture trois trains nazis
Mise à jour le 20/08/2026
Rue de Ménilmontant, au-dessus des voies désaffectées de la Petite Ceinture, une modeste plaque commémore un épisode méconnu de la Libération de Paris : le 23 août 1944, deux jours avant l'entrée des troupes alliées dans la capitale, des résistantes et résistants FFI et FTP y ont capturé trois trains allemands bloqués sous le tunnel, au prix de cinq vies.
Il était une fois le 20e…
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Il
était une fois le 20e… Le patrimoine et l'histoire du 20e arrondissement
Une plaque commémorative rue de Ménilmontant
Vous êtes-vous déjà arrêté devant cette plaque de pierre fixée sur la grille qui surplombe la Petite Ceinture, rue de Ménilmontant, tout près de l'ancienne gare de Ménilmontant ? Elle porte une inscription simple, presque effacée par le temps : « À la mémoire des héros tombés le 23 août 1944, à l'attaque victorieuse des trains nazis. » Suivent trois noms et l'évocation de « deux patriotes inconnus ». Derrière ces quelques lignes se cache l'un des épisodes les plus spectaculaires de la Libération de Paris.
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Un tunnel, trois trains, un piège
À l'été 1944, la Petite Ceinture, cette ligne ferroviaire qui encerclait Paris, sert encore à l'armée allemande en déroute. Le 23 août, alors que l'insurrection parisienne bat son plein, un train de munitions stationne sous le pont de la rue Manin. Un deuxième convoi, venu de la gare de Bercy, vient le percuter : les cheminots de la gare de Ménilmontant, en grève insurrectionnelle depuis le 10 août, l'ont volontairement « mal aiguillé ». Un troisième train, chargé de troupes allemandes, arrive à son tour par le nord. Mais des résistants ont déboulonné les rails pour le stopper net. Les trois convois se retrouvent ainsi immobilisés, coincés dans le long tunnel qui relie la gare de Ménilmontant à celle de Belleville-Villette, au pied des Buttes-Chaumont.
Madeleine Riffaud et le groupe Piat entrent en scène
Le colonel Rol-Tanguy, qui coordonne les FFI de la région parisienne, comprend immédiatement l'enjeu : si ce train de soldats parvient à percer jusqu'au 19e, déjà dépourvu de barricades, le risque d'un massacre est réel. Il charge Madeleine Riffaud, jeune lieutenante de la compagnie FTP « Saint-Just », tout juste âgée de vingt ans ce jour-là, d'attaquer le convoi depuis le pont de Belleville-Villette, côté 19e. Elle ne dispose que de trois hommes. Ensemble, ils jettent sur les trains des caisses d'explosifs et de feux d'artifice récupérés à la mairie du 19e. De l'autre côté du tunnel, dans la portion de la Petite Ceinture aujourd'hui à l'air libre — entre la rue des Couronnes et la rue de Ménilmontant, à l'emplacement de l'ancienne gare de Ménilmontant —, des habitants du 20e et le groupe Piat s'emparent de la passerelle de la Mare, cette passerelle piétonne qui enjambe les voies et relie les deux tronçons de la rue de la Mare, et verrouillent l'autre issue.
Pris en tenaille, les Allemands se replient dans le tunnel. Un résistant est envoyé en parlementaire pour négocier leur reddition ; il est tué avant d'avoir pu s'exprimer. Après une vive fusillade, les soldats allemands finissent par se rendre : environ quatre-vingts soldats de la Wehrmacht seront capturés, ainsi que les trois trains et leur chargement.
Cinq résistants tombés pour une victoire payée cher
La victoire a un prix : cinq résistants perdent la vie ce jour-là, à l'entrée du tunnel côté 20e, mais l'histoire n'a retenu le nom que de trois d'entre eux. François Boltz, 38 ans, né à Baldersheim dans le Haut-Rhin et domicilié rue Piat, Louis Godefroy, 53 ans, né à Charly-sur-Marne et domicilié rue des Envierges, et Léon Adjeman, 50 ans, tombent sous les balles. Les trois hommes seront déclarés morts à l'hôpital Tenon, à quelques centaines de mètres de là.
À leurs côtés tombent deux autres combattants, dont ni le nom ni l'âge n'ont jamais pu être établis.
