Il était une fois le 20e… Le square Séverine, un écrin de verdure suspendu au-dessus de Paris

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Mise à jour le 28/04/2026

Photo du Square Séverine
Perché au-dessus de la porte de Bagnolet, dans le 20e arrondissement, le square Séverine est l'un de ces jardins parisiens qui se méritent. Ignoré des touristes, chéri des habitantes et des habitants, ce poumon vert de près de 24 000 m² porte le nom d'une femme hors du commun et abrite une collection végétale d'une étonnante richesse.
Il était une fois le 20e
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Il était une fois le 20e… Le patrimoine et l'histoire du 20e arrondissement
📍 7, rue Le Vau

Un jardin suspendu entre ciel et bitume

Encadré par le boulevard Mortier, l'avenue de la Porte-de-Bagnolet, la rue Le Vau et la rue Dulaure, le square est cerné par l'une des circulations les plus denses de la capitale. Et pourtant, une fois passée l'entrée, le tumulte s'évanouit. La position en hauteur crée une distance naturelle avec les grands axes, et ses pelouses en pente douce dégagent une impression de légèreté rare dans ce secteur dense.
Rénové en 2017 – bassin remis en eau, allées refaites, pelouses agrandies –, le square est pensé pour tous les âges : agrès sportifs, skatepark, tables de ping-pong et aire de jeux pour enfants. Accessible depuis la station Porte de Bagnolet (métro ligne 3) ou le tramway T3b.

Un patrimoine végétal d'exception

Derrière l'apparente simplicité d'un jardin de quartier se dissimule une collection arborée remarquable. Un rideau de saules blancs ouvre le bal, suivi d'un orme pleureur à la silhouette tourmentée, d'un arbre de Judée au rose éclatant au printemps, d'un ginkgo biloba vieux de deux cents millions d'années. On croise encore un hêtre pourpre, un micocoulier de Provence, un tulipier de Virginie, un noyer d'Amérique, un ptérocarya du Caucase et un févier d'Amérique.
Le cédrelas mérite une mention à part : cousin du cèdre, au tronc élancé et à la vie brève (80 ans), son bois dur est prisé en ébénisterie. Anecdote savoureuse : en Chine, ses jeunes pousses printanières finissent dans l'assiette, consommées comme légume.

Séverine, une vie de combats

Elle s'appelait Caroline Rémy (1855-1929), mais tout Paris la connaissait sous son nom de plume : Séverine. Protégée puis successeuse de Jules Vallès à la tête du Cri du Peuple après sa mort en 1885, elle s'imposa comme l'une des premières femmes à vivre de sa plume dans une presse alors exclusivement masculine – et l'une des plus redoutées.
Sa vie fut un enchaînement de causes défendues avec la même ardeur. Dreyfusarde convaincue, elle signa aux côtés de Zola et Jaurès quand beaucoup se taisaient. Pacifiste, elle éleva la voix contre la guerre de 1914 au prix de son impopularité. Anarchiste et féministe, elle réclama inlassablement le droit de vote et le droit au divorce pour les femmes, dénonça la misère ouvrière, prit la défense des humiliés et des sans-grade avec une empathie que ses contemporaines et contemporains comparaient à celle de Hugo.
Femme libre dans une société corsetée, elle vécut selon ses convictions jusqu'à sa mort en 1929 – 15 ans avant que les Françaises n'obtiennent enfin le droit de suffrage. Le square qui porte son nom, créé en 1933, est bien plus qu'un hommage municipal : c'est une manière de garder vivante, au cœur du 20e arrondissement populaire qu'elle aurait aimé, la mémoire d'une femme qui n'eut de cesse de mettre sa plume au service des autres.