Il était une fois le 20e… Quand les rues du 20e racontent la présence de l'eau à Belleville

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Mise à jour le 27/07/2026

Photo du Regard Saint-Martin, rue des Cascades

Cascades, Rigoles, Mare, Dhuis, Envierges… Dans le 20e arrondissement, plusieurs noms de rues ne doivent rien au hasard. Ils gardent la mémoire d'une colline qui, pendant près de mille ans, a désaltéré Paris. Avant d'être un quartier populaire et d'artistes, Belleville fut d'abord un château d'eau naturel et son relief a façonné jusqu'au tracé de ses rues.

Il était une fois le 20e

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Il était une fois le 20e… Le patrimoine et l'histoire du 20e arrondissement

Une colline pas comme les autres

La colline de Belleville-Ménilmontant culmine autour de 128 mètres, juste derrière Montmartre. Son sous-sol a une particularité décisive : une couche de sable repose sur une couche de marne verte, imperméable. L'eau de pluie s'y infiltre, glisse sur la marne, et ressort en une multitude de sources le long du versant sud, là où s'est bâti, siècle après siècle, le vieux village de Belleville.

Dès le Moyen Âge, les moines de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs captent ces eaux pour alimenter leur prieuré, puis les fontaines de la rive droite de Paris. Naît ainsi un réseau de rigoles, de galeries souterraines et de « regards », petits édifices de pierre permettant de surveiller l'eau, qui deviendra l'un des plus anciens systèmes d'adduction de la capitale : les eaux de Belleville, avec celles du Pré-Saint-Gervais, formant les « sources du Nord ». Plusieurs regards, comme le regard Saint-Martin, sont encore visibles et classés monuments historiques.

Rue des Cascades : l'eau mise en scène

La rue des Cascades, qui serpente entre la place Henri-Krasucki et la rue de Ménilmontant, doit son nom aux chutes d'eau aménagées le long de trois « regards » de l'aqueduc de Belleville, destinés à recueillir et filtrer les eaux de la colline. Au n°42 se trouve le regard Saint-Martin, vestige d'une galerie qui alimentait le prieuré Saint-Martin-des-Champs ; au n°41, subsiste le regard de la Roquette. Mentionnée dès le XVIIe siècle sous le nom de « sente des Musardes », la rue garde le souvenir de ces eaux tombant en cascade sur le versant.

Rue des Rigoles et rue de la Mare : ruisseaux et nappes d'eau


La rue des Rigoles rappelle un lieu-dit du XIVe siècle, « Les Rigones », les petits chéneaux qui drainaient les eaux du plateau. Elle apparaît déjà sous ce nom sur le plan Roussel de 1730.

La rue de la Mare tient son nom d'une ancienne nappe d'eau formée par le ruissellement des sources de Belleville, à peu près à l'emplacement de l'actuelle église Notre-Dame-de-la-Croix. Simple chemin en 1672 sous le nom de « ruelle des Nonnains », elle longe l'ancien tracé du ru de Ménilmontant, qui descendait la colline jusqu'au Grand Égout, près de l'actuelle place de la République, avant de rejoindre la Seine au pont de l'Alma.

Rue des Envierges : une pierrée au milieu des vignes

Plus haut sur le coteau, la rue des Envierges tire son nom d'une ancienne pierrée, une canalisation de pierre enterrée, appelée « Les Envierges », qui alimentait le grand aqueduc de Belleville. Attesté comme sentier dès 1685, ce nom aurait aussi pu se déformer au fil du temps : l'historien Gustave Pessard y voyait un lien avec les vignobles qui couvraient alors le coteau, aujourd'hui occupé par le parc de Belleville.

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Rue de la Dhuis et rue du Surmelin : l'eau venue de loin

Changement d'échelle avec ces deux rues du quartier Saint-Fargeau, qui se rejoignent physiquement, comme les cours d'eau dont elles portent le nom. Au XIXe siècle, la croissance de Paris rend les sources locales insuffisantes. La Ville fait construire, entre 1863 et 1865, un aqueduc de plus de 130 kilomètres pour capter les eaux de la Dhuis, petite rivière de la Marne affluente du Surmelin, lui-même affluent de la Marne, jusqu'au réservoir de Ménilmontant.

La rue de la Dhuis, tracée sur un ancien sentier rural, doit son nom au voisinage de ce réservoir ; la rue du Surmelin, plus ancienne, a été rebaptisée pour la même raison. Ensemble, elles rappellent que le relief de Belleville, point haut de Paris, a aussi servi de point d'arrivée pour l'eau venue de très loin.

Une mémoire à ciel ouvert

De la rue des Cascades à la rue du Surmelin, deux histoires d'eau se lisent dans ces noms : celle, médiévale, des sources nées du relief de Belleville, et celle, plus tardive, des grands aqueducs venus alimenter Paris depuis la Champagne. Sous le bitume, une partie de ce réseau fonctionne encore, et quelques regards subsistent, discrets témoins de pierre au détour d'un jardin. La prochaine fois que vous emprunterez la rue des Cascades ou la rue de la Mare, vous saurez que vous marchez sur l'ancien lit de l'eau qui a longtemps désaltéré la capitale.