Il était une fois le 20e… Un quartier véritable panthéon de l'aviation

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Mise à jour le 17/08/2026

Photo de la place Octave Chanute

Entre la porte des Lilas et le boulevard Mortier, un visiteur attentif peut suivre, rue après rue, toute l'épopée des débuts de l'aviation. Onze voies du quartier Saint-Fargeau portent le nom de pionniers du ballon puis de l'avion, morts au combat, disparus en plein vol ou entrés dans la légende. Ce n'est pas un hasard : c'est le résultat d'un choix d'urbanisme précis, pris quand ce coin de Paris a dû être entièrement rebâti dans les années 1920-1930.

Il était une fois le 20e

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Il était une fois le 20e… Le patrimoine et l'histoire du 20e arrondissement

📍 Rue Charles-et-Robert
📍 Rue Blanchard
📍 Rue Alphonse-Penaud
📍 Place Octave-Chanute
📍 Rue du Capitaine-Ferber
📍 Rue Géo-Chavez
📍 Square Roland-Garros
📍 Rue du Capitaine-Marchal
📍 Rue du Capitaine-Tarron
📍 Rue Maryse-Hilsz
📍 Rue Bessie-Coleman

Un terrain libéré par l'histoire

Ce secteur correspondait autrefois à l'enceinte de Thiers, la ceinture de fortifications militaires qui encerclait Paris depuis les années 1840. Déclassées en 1919 puis démolies dans la décennie suivante, ces fortifications ont libéré un immense espace — bastions, glacis, "Zone" non constructible — que la Ville a loti d'un seul tenant, avec de nouvelles rues et des immeubles HBM (les futurs HLM).

Ce quartier neuf, sans passé ni toponymie héritée, devait être baptisé de toutes pièces. La rue Blanchard, par exemple, est ouverte en 1933 exactement sur l'emplacement du bastion n°13. La rue du Capitaine-Marchal et le square Roland-Garros suivent le même schéma, entre 1913 et 1928. Percer un quartier entier d'un coup appelait un choix de nom cohérent — une pratique classique à Paris, qui a déjà thématisé ailleurs des rues autour des peintres, des musiciens ou des maréchaux d'Empire.

De la conquête du ciel aux vies sacrifiées

Avant l'avion, il y a eu le ballon. La rue Charles-et-Robert rend hommage à Jacques Charles et Nicolas-Louis Robert, pionniers de l'aérostation au XVIIIe siècle. Dans la même veine, la rue Blanchard honore Jean-Pierre Blanchard, aéronaute français resté célèbre pour avoir traversé la Manche en ballon en 1785 et pour avoir inventé le parachute. Ces deux voies rappellent que la conquête de l'air a commencé bien avant les moteurs, avec des hommes suspendus à des enveloppes de gaz.

Les héroïnes et les héros de l'âge d'or de l'aviation

Entre 1900 et 1920, l'aviation devient une épopée moderne : records battus chaque mois, traversées inédites, exploits techniques érigés en actes patriotiques. Plusieurs rues célèbrent ces figures fondatrices. La rue Alphonse-Penaud honore un pionnier des hélicoptères et du "planophore". La place Octave-Chanute rend hommage à l'ingénieur franco-américain qui a posé les bases scientifiques du vol plané. La rue du Capitaine-Ferber célèbre Ferdinand Ferber, expérimentateur infatigable de l'aviation naissante. La rue Géo-Chavez garde le souvenir de l'aviateur péruvien qui a traversé les Alpes en 1910. Enfin, le square Roland-Garros, ouvert en 1928, honore l'auteur de la première traversée aérienne de la Méditerranée, mort au combat en 1918 — sa notice Wikipédia le confirme d'ailleurs explicitement : "de nombreuses voies de ce quartier portent le nom de pionniers de l'aéronautique".

Celles et ceux qui sont morts en vol

L'aviation de cette époque est aussi une aventure mortelle. Deux rues rendent hommage à des officiers aéronautes tués en service. La rue du Capitaine-Marchal commémore un officier mort à bord du dirigeable République, qui s'écrase en 1909. La rue du Capitaine-Tarron honore Edmond Tarron, chef du génie et aviateur, tué en 1911. Ces deux noms rappellent que, derrière l'exploit, l'aviation naissante a payé un lourd tribut humain.

Les aviatrices

Le quartier n'oublie pas les femmes qui ont conquis le ciel, souvent contre les préjugés de leur époque. La rue Maryse-Hilsz célèbre l'une des grandes aviatrices françaises de l'entre-deux-guerres. Plus récemment, la rue Bessie-Coleman, baptisée en 2015, honore l'aviatrice américaine, première femme noire à avoir obtenu un brevet de pilote.

Un héritage toujours vivant

La création de la rue Bessie-Coleman, près d'un siècle après les premières rues du quartier, montre que ce thème n'a jamais été abandonné. Quand une dernière voie sans nom du secteur — l'ancienne "voie FP/20" — a dû être baptisée, la Ville de Paris a choisi de prolonger la même logique plutôt que d'en changer. Le quartier Saint-Fargeau reste ainsi, aujourd'hui encore, le petit coin du 20e où l'on marche dans les pas des pionniers de l'air.